Repenser la résilience sur la côte méditerranéenne
Demain, c’est la Journée du littoral méditerranéen célébrée cette année à Chypre, au cœur de la Méditerranée.
Nous remercions nos hôtes chypriotes d’avoir accueilli la communauté du Coast Day et de nous avoir réunis autour du littoral que nous partageons tous. Nous nous réjouissons également que la célébration de cette année soit organisée en partenariat avec le Festival d’adaptation DesirMED, du projet Horizon Europe de l’UE. Nous unissons nos forces autour d’une ambition commune : transformer l’adaptation au changement climatique fondée sur la nature en actions concrètes. Il n’existe guère de cadre plus approprié pour réfléchir à l’avenir de notre côte méditerranéenne et à la manière de la rendre plus résiliente.
À mesure que les risques climatiques s’intensifient dans la région, la nature joue un rôle de plus en plus important dans cette résilience. C’est pourquoi la Journée de la côte 2026 est consacrée aux Solutions fondées sur la nature (SfN) : des actions qui protègent, gèrent de manière durable et restaurent les écosystèmes tout en répondant aux défis de société, au bénéfice des populations comme de la nature.
Le message est simple : une nature en bonne santé est essentielle à notre sécurité, à notre prospérité et à notre bien-être.
Les zones humides peuvent retenir l’eau et réduire les inondations. Les dunes absorbent l’énergie des vagues et aident à protéger les établissements humains de l’érosion et des tempêtes. Les herbiers de posidonie stabilisent les sédiments et abritent la vie marine. Des paysages bien gérés peuvent réduire le ruissellement, l’érosion et le risque d’incendie.
Les écosystèmes sains ne sont pas des éléments passifs de nos paysages. Ils remplissent des fonctions dont dépend notre résilience.
Le littoral, un système vivant et interconnecté
Le littoral méditerranéen n’est pas simplement une ligne séparant la terre de la mer. C’est un système interconnecté de zones humides, de forêts, de rivières, d’aquifères, de paysages agricoles, de villes, d’îles et d’écosystèmes marins. Ce qui se passe dans un bassin versant ou dans l’ensemble du territoire côtier peut, à terme, affecter le littoral et la mer. Il en découle un principe important : un problème côtier n’a pas nécessairement une solution côtière.
Renforcer la résilience côtière exige donc de regarder au-delà du rivage.
Cette réflexion est au cœur de l’approche écosystémique et de la Gestion intégrée des zones côtières (GIZC). Le Protocole GIZC pour la Méditerranée en constitue le fondement juridique pour sa mise en pratique, de la protection des écosystèmes côtiers à l’élaboration de stratégies et de plans intégrés, en passant par la prise en compte des risques naturels.
C’est aussi le point de départ de la publication du PAP/RAC, Nature-based Solutions for Adaptation to Climate Change in Different Coastal Typologies of the Mediterranean (Solutions fondées sur la nature pour l’adaptation au changement climatique dans différentes typologies côtières de la Méditerranée). La Méditerranée n’a pas une côte uniforme, et les SfN ne peuvent pas être une solution universelle. Chaque intervention doit répondre à l’écosystème, au défi et au contexte local, tout en reconnaissant les arbitrages nécessaires et en prévoyant une gestion à long terme.
Planifier avec la nature dès le départ
Trop souvent, les SfN restent des projets pilotes isolés ou n’interviennent dans le processus qu’après que les principales décisions d’aménagement et d’investissement ont déjà été prises.
Cela doit changer.
Si nous voulons que les SfN deviennent la norme, nous devons les intégrer en amont, dans les décisions où le développement prend réellement forme.
Lorsque les gouvernements et les municipalités planifient leurs réponses aux inondations, à l’érosion, à la chaleur, à la pénurie d’eau ou aux incendies, les SfN devraient être envisagées dès le début, aux côtés des solutions d’ingénierie et des solutions hybrides.
Au lieu de demander : où pouvons-nous ajouter une SfN ?
Nous devrions demander : comment voulons-nous que ce territoire se développe, et quel rôle la nature peut-elle jouer pour le rendre résilient ?
Cela exige également une coordination renforcée. La gestion du littoral, la gestion de l’eau, l’aménagement du territoire, la biodiversité, l’agriculture, le tourisme et la réduction des risques de catastrophe sont encore trop souvent traités séparément, alors que les écosystèmes et les risques climatiques ne respectent pas les frontières sectorielles ou administratives.
Les décisions d’investissement doivent aussi reconnaître la valeur plus large de la nature. Comparer un mur en béton et une solution fondée sur les écosystèmes uniquement sur la base des coûts de construction ou d’une seule fonction de protection revient à ignorer des bénéfices tels que la biodiversité, la régulation de l’eau, les loisirs, l’adaptation au changement climatique et les moyens de subsistance, ainsi que la nécessité d’une gestion à long terme.
Planifier avec la nature ne signifie pas remplacer l’ingénierie par la nature. Cela signifie se demander dès le départ quelles mesures naturelles, techniques ou combinées peuvent apporter la réponse la plus résiliente.
Les incendies de forêt : un test de résilience intégrée
Les incendies de forêt montrent pourquoi ce changement est urgent.
Dans les territoires côtiers, leurs impacts s’étendent bien au-delà de la zone brûlée. Les incendies peuvent menacer simultanément les vies humaines, les habitations, les infrastructures, le tourisme, l’agriculture, les ressources en eau et la biodiversité. Ensuite, les pentes dénudées deviennent vulnérables à l’érosion et aux glissements de terrain, tandis que le ruissellement transporte cendres, sédiments et polluants vers les rivières, les plages et la mer.
Un seul événement peut se répercuter en cascade sur l’ensemble d’un système côtier.
Nous devons donc investir non seulement dans la réponse d’urgence, mais aussi dans la prévention, la préparation et la résilience des paysages à long terme. La « Fire Ready Formula » du PNUE préconise de consacrer les deux tiers des dépenses liées aux incendies à la planification, à la prévention, à la préparation et au rétablissement, le dernier tiers étant réservé à la réponse.
Les mesures fondées sur la nature et la gestion des paysages, du pâturage géré aux mosaïques paysagères diversifiées, en passant par des zones humides en bonne santé et une végétation bien gérée, peuvent contribuer à rendre les territoires plus résistants au feu.
Mais travailler avec la nature, c’est aussi comprendre la nature. Plus de végétation ne signifie pas automatiquement plus de résilience. Les mesures doivent tenir compte des conditions locales et des régimes naturels d’incendie, et éviter d’accroître involontairement la charge de combustible ou l’inflammabilité du paysage.
La direction est claire : nous devons passer de la réaction aux catastrophes à la gestion des risques et à la planification de la résilience.
Des écosystèmes résilients, des communautés résilientes
Mais la résilience ne peut pas être construite par la seule planification technique.
Les personnes qui vivent et travaillent dans les territoires côtiers détiennent des connaissances, des relations, des ressources et des capacités qui font elles-mêmes partie de la résilience. Les municipalités, les scientifiques, les entreprises, les propriétaires fonciers, la société civile et les communautés locales détiennent chacun une part de ce qui est nécessaire pour comprendre les risques, gérer les arbitrages et mettre en œuvre les solutions.
La participation doit donc commencer suffisamment tôt pour influencer les décisions, et non après que les choix principaux ont déjà été faits.
La résilience a aussi une dimension plus humaine encore. L’histoire nous enseigne à maintes reprises que les communautés retrouvent leurs repères non seulement individuellement, mais aussi en se rassemblant. Les espaces naturels et publics partagés permettent aux gens de se rencontrer, d’échanger des connaissances et des ressources, de reconstruire des relations et de renforcer leur capacité à réagir.
Les territoires résilients ont besoin à la fois d’écosystèmes sains et de communautés connectées.
Nature. Connexion. Action.
La Journée de la côte 2026 est l’occasion de célébrer le potentiel des SfN, mais aussi de nous demander comment les faire passer d’interventions isolées à la planification côtière méditerranéenne courante.
Trois mots résument la direction à suivre :
Nature, parce qu’elle n’est pas seulement quelque chose que nous devons protéger. Elle fait partie intégrante de la réponse aux défis auxquels nous sommes confrontés.
Connexion, parce que nos écosystèmes sont connectés, nos risques sont connectés, et la résilience ne se construit pas isolément, mais ensemble.
Action, parce que nous n’avons plus de temps à perdre. Et une action efficace commence par une planification intelligente.
En cette Journée de la côte, passons de la réparation des dégâts d’hier à la planification de la résilience de demain.
Planifions plus tôt. Planifions plus large. Planifions ensemble. Et surtout, planifions avec la nature.